vendredi 5 novembre 2010

Du haut de leurs chevaux, les deux militaires contemplaient le paysage qui s'étendait sous leurs yeux. D'abord les deux rivières qui contournant les collines, y compris celle ou ils se tenaient, venaient faire leur jonction dans la plaine à leur pied, créant ainsi une vaste zone marécageuse.
Les deux serpents luisants, le lent et le rapide, étaient séparés par une autre élévation de terrain, faisant face à la leur, et au pied de laquelle un petit village de pécheurs et d'artisans étirait ses habitations dont les cheminées fumaient dans la brume du petit matin.
- Que penses tu de cet emplacement, au dessus de Condate ? demanda le plus mince des deux à son voisin.
- C'est très envisageable général répondit le second. Bien protégé par l'eau sur trois cotés et facile à défendre au couchant..
Perdu dans ses pensées, César reprit :
- Que penses tu de nos adversaires Plancus ?
- Ils sont fantasques. Courageux , durs au combat, mais divisés et indisciplinés..
- Bien observé Plancus. La guerre sera longue et difficile, mais si nous savons jouer de leurs divisions et de leur impétuosité, nous avons toutes nos chances. Soyons patients.
Munatius Plancus avait confiance en ses légions. Elles se rebellaient quelquefois, mais c'était surtout pour des questions d'intendance. Au combat leur discipline et leur organisation étaient légendaires.
César reprit :
- As tu un peu discuté avec leurs prêtres, ceux qui officient régulièrement sur cette colline ?.
Munatius ne sut que répondre. Prés d'eux se dressait ce qui ressemblait à un lieu de culte, un autel bas entouré des deux colonnes au nord et au sud.
Il avait compris que ces colonnes marquaient la position du soleil levant, loin vers l'est, derrière les montagnes qui se détachaient sur l'horizon, lors des deux solstices, marquant ainsi ces jours exceptionnels et permettant de fixer la date des festivités. Rome aussi fêtait le jour le plus long , et celui le plus court de l'année.
Pour le reste, leurs pratiques lui paraissaient obscures. Ils avaient un rapport très intime avec la nature, et beaucoup de leurs croyances touchaient à l'eau, aux arbres, ou aux phénomènes naturels. Ils avaient même un culte lié au tonnerre et à la foudre.
César reprit :
- Certains d'entre eux prétendent voir le passé et l'avenir, et celui avec qui j'ai discuté hier m'a raconté d'étranges choses.
- Lesquelles demanda Plancus ?
- Pour le passé, d'ici il voit de la glace. Une immensité glacée qui s'étendrait aussi loin que porte le regard...
-Ah fit Plancus..
- Et pour le futur, c'est encore plus étrange, il voit des multitudes de constructions humaines, dont certaines en forme de stylet s'élèveraient dans la plaine à des hauteurs comparables à celle ou nous sommes.
- Tout cela me parait peu probable pour le passé, et en ce qui concerne l'avenir, mon expérience dans le domaine te garantit que c'est impossible général. Aucune pierre ne résisterait à un tel poids.. Je me demande ce qu'ils mettent dans leurs boissons. De plus, on dit qu'ils sont experts en champignons qui font rêver...
-Tu as sans doute raison Munatius. Ces gens sont étranges. Si les hivers sont trop longs par ici, il va falloir que je raconte nos aventures, ça m'occupera... En attendant allons tracer les plans de la colonie que tu vas fonder ici.
Il reprit :
-Comment s'appelle ce lieu ?
- La colline de Lug général....
- Ce qui signifie ?
- Je ne sais pas général, certains disent que c' est le nom qu'ils donnent aux corbeaux qui infestent ce coin, d'autres que c'est celui de leur Dieu de la lumière qui renaît ici chaque matin.
- Lumière et noirceur.. C'est tout eux cela. Va pour Lugdunum, ça sonne bien.
Et maintenant allons travailler...